L’Afroperspectivité : pour une philosophie qui décolonise

Traduit par Marion Groch

Source : Geledés

Interview du docteur en philosophie de l’UFRRJ, Renato Noguera

Aujourd’hui, nous commençons une série d’interviews avec des intellectuels et des militants de la lutte noire au Brésil. Le premier est Renato Noguera, philosophe et professeur de l’UFRRJ, qui parle de l’apparition d’une tendance dans la philosophie brésilienne appelée Afroperspectivité. Renato et d’autres chercheurs tentent de formuler des concepts faisant appel aux traditions indigène, africaine et afro-brésilienne. Si Nietzsche recherchait l’inspiration dans les figures européennes classiques telles qu’Apollon et Dionysos pour leurs formulations sur l’art moderne, Renato Noguera et d’autres chercheurs, eux, font appel à des figures comme Mãe-de-Santo et à des concepts tels que celui du drible. Le triptyque de référence de cette entreprise est le suivant : Abdias do Nascimento, Viveiros de Castro et Molefi Asante. Selon Renato, la prolifération conceptuelle de Deleuze, par exemple, doit être dépassée.

Dans cette interview, nous parlons aussi du concept de l’épistémicide (de Suely Carneiro), des philosophies africaines – antérieures aux grecque et contemporaine – et du fait que les jeunes noirs en contexte violent peuvent se décoloniser par la philosophie. Renato critique aussi l’idée du métissage et fait un bilan de l’application des lois 10.639 et 11.645/08 qui prévoient l’enseignement de l’histoire et des cultures indigène, africaine et afro-brésilienne dans nos écoles. Il y a une pensée noire et critique qui gagne du terrain dans les universités brésiliennes. Renato Noguera et d’autres chercheurs de l’Afroperspectivité sont un des groupes les plus intéressants dans le champ philosophique.

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« Dans une société raciste qui présente des données alarmantes de violence urbaine dans lesquelles les principales victimes sont de jeunes noirs et noires, philosopher peut aider à repenser l’histoire politique et sociale. Mais, j’insiste, ils doivent étudier une philosophie qui soit marginale et anti-dogmatique. Une philosophie qui pense le racisme, une philosophie qui traite de la violence, une philosophie qui pense le Brésil, une philosophie ancrée dans notre territoire culturel, une philosophie qui est à venir et qui, peut-être, puisse faire partie des prémices du pluriversel philosophique afroperspectiviste. »


Tomaz Amorim: Renato, tu es professeur de philosophie à l’UFRRJ. Quelle fut ta trajectoire académique, de l’école jusqu’à ta position de professeur universitaire ? Pourquoi la philosophie ?

Renato Noguera : En résumé, j’ai étudié au Collège Pedro II, et à 13 ans, suite à un bilan d’orientation scolaire, j’ai reçu un « diagnostic » Philosophie ou Sciences Sociales. Après, j’ai pensé étudier la médecine, le droit ou les lettres mais j’avais quelques questionnements clairement philosophiques. Après avoir été sur liste d’attente pour le droit à l’UERJ, j’ai choisi la philosophie à l’UFRJ. Je me rappelle que, depuis l’enfance, j’ai vécu en m’interrogeant sur le sens de la vie en comparant l’infini du ciel avec la fin humaine. Enfin, de 18 à 21 ans, j’ai fait un Bachelor en Philosophie ; à 22 ans, j’ai fini une licence et je suis entré dans un master en philosophie à l’UERJ, en suivant les recommandations du professeur Gerd Bornheim. Après deux semestres, j’ai décidé de changer, je me suis présenté à un autre concours et j’ai fini à l’UFSCar où j’ai fait un master de 1996 au 29 février 2000 (date de défense de mon écrit). Pendant mon master, je pouvais étudier suivant l’orientation du grand Bento Prado Jr. A cette époque, le master durait quatre ans et toute ma classe utilisait le délai autorisé : nous faisions les disciplines en trois ou quatre semestres et nous continuions à chercher et à écrire en même temps. Après ce master, je suis retourné vivre à Rio de Janeiro et j’ai intégré un doctorat en 2001 à l’UFRJ, où j’ai défendu mon master le 31 mars 2006 avec l’appui de celui qui m’avait orienté pour ma monographie, le généreux Mário Guerreiro. J’ai étudié la philosophie de Schopenhauer et j’ai participé à la fondation du Groupe de Travail (GT) Schopenhauer à l’Association Nationale de Post-Graduation en Philosophie (ANPOF) en 2004. Dans ma thèse de doctorat, j’ai articulé les philosophies de Platon, de Schopenhauer et de Deleuze pour proposer une alternative schopenhauerienne pour une formulation faite par Platon. La philosophie de Deleuze a apporté une stratégie de création de concepts. Pendant 11 ans, j’ai été professeur de premier, de second et de troisième cycle, j’ai travaillé dans l’Enseignement Supérieur et parallèlement, j’ai donné des cours dans plusieurs écoles privées telles que l’école Parque. J’ai travaillé à l’Université Estácio de Sá, j’ai été professeur remplaçant à l’UERJ, à l’UFRJ et dans le réseau public étatique de Rio de Janeiro. Entre 2005 et 2006, je suis arrivé à avoir 27 classes par semaine. Pendant 2008, je fus accepté à un concours public pour l’Université Fédérale Rurale de Rio de Janeiro (UFRRJ).

Tomaz Amorim : Depuis la licence jusqu’au doctorat, tu t’es consacré à l’étude de l’oeuvre de Schopenhauer, un des plus importants philosophes de langue allemande du 19ème siècle. Aujourd’hui, tu es connu principalement grâce aux efforts fournis pour produire une philosophie à partir de thématiques et de penseurs africains. Dans cette transition, tu penses qu’il y a eu une rupture entre ces thèmes ou y a-t-il une continuité dans ta production ?

Renato Noguera : Je ne sais pas si ce fut une rupture. J’ai étudié Schopenhauer pendant assez longtemps, pratiquement de 1991 à 2006, mais parallèlement, j’avais une autre formation. J’ai eu le privilège d’avoir une formation familiale et politique qui m’amena à l’activisme noir très tôt. C’est pourquoi j’étudiais parallèlement la pensée africaine. Je savais que dans les années 1990 et au début des années 2000, ce serait difficile de proposer ce sujet dans le monde académique philosophique. Le professeur Mário Guerreiro m’a sagement dit : « Termine ton doctorat, tu auras tout le temps pour faire des recherches sur ce sujet plus tard. ». Et c’est ce que j’ai fait.

Tomaz Amorim: Tu revendiques une origine africaine de la philosophie qui viendrait de l’Egypte pour arriver en Grèce. Quels sont les indices historiques de cette affirmation ? Quelles références recommandes-tu pour celui qui voudrait approfondir cette question ?

Renato Noguera : Je travaille avec la notion selon laquelle la philosophie est pluriverselle ; je ne me joins pas à la lecture hégémonique selon laquelle philosopher serait universel et serait une invention grecque. Dans ce sens, je ne suis pas en train de revendiquer que les Africains aient inventé la philosophie. Je préconise que l’Egypte depuis 2780 avant notre ère, avait une production philosophique et avait des écoles de rekhet, qui signifie «philosophie», selon l’ égyptologue et philosophe Théophile Obenga. Il n’y a aucun doute que Platon, Pythagore, Thalès et Mileto, entre autres grecs, aient passé quelques temps en Egypte Antique. Plusieurs sources convergent vers l’hypothèse selon laquelle, Pythagore (570-496 Avt. J.C.) fut le premier à utiliser le terme « philosophie » après son retour d’Egypte. Diogène Laërce et Cicéron sont d’importantes sources de cette perspective assez connue. Il y a un discours critique qui attribue aux Grecs un espèce de plagiat de la philosophie égyptienne. Ce n’est pas ce que je défends, et je ne défends pas non plus l’absence d’influence. Toutes les cultures sont dynamiques, évidemment. Je ne défends pas que les Egyptiens ont inventé la philosophie, ce que je dis est plus simple : les textes égyptiens sont philosophiques et plus anciens que les textes grecs. C’est-à-dire que les registres philosophiques africains sont plus anciens que les registres occidentaux. Je ne m’intéresse pas à la primauté mais plutôt à la légitimité philosophique africaine dans l’Antiquité. Je suis contre le refus de ce matériel par pur dogmatisme, à cause d’une posture profondément antiphilosophique de la part de collègues de bonne formation dans ce domaine. Je ne dis pas que ce sont les Africains qui ont inventé la philosophie, et ce, pour deux raisons. Premièrement : demain ou après, nous pouvons trouver des textes plus anciens que les textes égyptiens avec environ plus de 2500 ans avant notre ère, soit 4500 ans. Deuxièmement : je pense que c’est un faux problème de chercher quel peuple a inventé la philosophie, quel peuple fut le premier. Ce serait la même chose de rechercher celui qui a inventé l’architecture. Je pense que chacun a ses propres constructions. Cela fait sens de chercher les différences. Aussi, ce qui est étrange est de réduire toute cette diversité à une seule école. Je pense de la manière suivante : nos recherches sont basées sur diverses sources, encore peu exploitées, qui confirment que les textes africains sont antérieurs aux occidentaux. Les Egyptiens commencèrent à philosopher avant les Grecs. De plus, il y a le fait que l’Egypte Ancienne fut une société noire, ce qui selon Martin Bernal et Cheikh Anta Diop, a été falsifié à cause du racisme anti-noir qui n’acceptait pas qu’une société très avancée technologiquement, à ce moment de l’histoire, puisse être noire. Aujourd’hui encore, on peut trouver des représentations blanches de l’Egypte Antique. Sans doute, mes affirmations autour de l’idée qu’il existait une production philosophique antérieure aux Grecs reçurent une grande série d’objections. Mais pour approfondir le débat, j’indique toujours une série de travaux : De George James avec Stolen Legacy, les œuvres de Cheikh Anta Diop, Theophile Obenga, Molefi Asante, jusqu’à La philosophie avant les Grecs, de José Nunes Carreira.

Tomaz Amorim : La philosophie a travaillé pendant plusieurs siècles avec l’idée d’universel. Au 20ème siècle principalement, les philosophies de la différence et la production théorique impulsées par des groupes historiquement opprimés et par leurs questions et leurs revendications apparurent. Est-il possible de comprendre ces formulations spécifiques avec cette toile de fond universelle ou dénoncent-ils justement la fausseté de cet universel ?

Renato Noguera : Je pense que les philosophies de la différence sont très importantes dans cette dénonciation, mais je suis d’accord avec le philosophe portoricain Maldonado-Torres qui dit que : « les philosophes et les professeurs de philosophies ont tendance à affirmer leurs origines dans une région spirituelle invariablement décrite en termes géopolitiques : l’Europe ». Malgré l’énorme compréhension, je perçois encore une perspective, pour ainsi dire “conservatrice”. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas de dialogue avec cette approche, avec une reconnaissance de ses limites.

Tomaz Amorim : Quelle est l’importance d’une philosophie produite aujourd’hui sur le continent africain ? Quelle relation avec la pensée africaine dans la diaspora ?

Renato Noguera : Il existe beaucoup d’exposants dans la philosophie africaine contemporaine, je peux en citer certains. Achille Mbembe a une œuvre très intéressante qui s’appelle Critique de la raison noire, un beau travail de philosophie politique dans lequel il problématise le concept de “noir” et il présente un risque amené par le néolibéralisme et par la crise de l’Europe comme centre politique mondial. Mbembe dit quelque chose comme « les risques systématiques auxquels les esclaves noirs furent exposés pendant le premier capitalisme constituent maintenant au moins le lot de toutes les humanités subalternes, si ce n’est la norme ». Le travail du philosophe sud-africain Mogobe Ramose questionne le concept d’universalité, en le substituant à celui de pluriversalité. Ramose explique comment les conflits géopolitiques entre les Européens et les Africains furent responsables de l’invisibilité systématique de la pensée philosophique africaine. Néanmoins, ce problème a été débattu dans le contexte de la diaspora africaine de diverses manières. Le philosophe afro-américain Charles Mills a dit quelque chose de très intéressant, plus ou moins comme ça, « dans les Sciences Humaines, la philosophie est le domaine le plus blanc ». Au Brésil, Sueli Carneiro a tiré l’idée d’épistémicide. Il faut citer d’autres noms qui ont fait des recherches sur ce thème : Wanderson Flor Nascimento de l’Université de Brasília (UnB), Eduardo David Oliveira de l’Université Fédérale de Bahia (UFBA), Emanoel Soares de l’Université Fédérale de Recôncavo Baiano (UFRB), en plus d’étudiants de Programme de Pós-Graduação dans l’état du Paraná tel que Roberto Jardim et Thiago Dantas, qui ont sorti le livre Descolonização Curricular: A Filosofia Africana no Ensino Médio (2015). A Rio de Janeiro, un groupe d’étudiants de pós-graduação, des professeurs de premier cycle et un professeur de l’UERJ ont construit un projet qui s’est transformé en livre Sambo, logo penso: afroperspectivas filosóficas para pensar o samba (2015), organisé par Wallace Lopes, avec la participation de Marcelo Rangel, professeur de l’Université Fédéral de Outro Preto (UFOP), Sylvia Arcuri, Eduardo Barbosa, Felipe Siqueira, Filipi Gradim, Guilherme Celestino et Marcelo Moraes, professeur de l’UERJ. Ce groupe a fait un beau travail en philosophant grâce à la samba et en utilisant le répertoire culturel noir, africain, afro-brésilien, amérindien et indigène.

Tomaz Amorim : La tradition orale parait fondamentale dans les diverses cultures africaines. Quels défis en transportant cette tradition par la narrative et la philosophie écrite ?

Renato Noguera : Le pluriversel culturel africain est vaste. Conformément à ce qu’affirme Diop, il existe quelque chose de commun entre les peuples africains de la même manière qu’entre les cultures occidentales, on peut en identifier plusieurs éléments raisonnablement constants. Je pense qu’il y a beaucoup d’ignorance concernant les peuples africains. Le livre Etno-História do Império Mali de José Lampréia peut se joindre à l’arsenal de travaux organisés par l’historien africain Joseph Kizerbo et par des traditionalistes comme Hampâte Bá, pour découvrir que des sociétés telles que l’Empire Mali ont existé, entre les 8ème et 12ème siècle. L’historiographie africaine met en évidence qu’au 15ème siècle, il existait 150 écoles et une université dans la ville de Tombouctou avec un grande quantité de bibliothèques. Abdel Kader Haidara a fait un beau travail en essayant de sauver la vaste documentation que les groupes fondamentalistes voulaient détruire. Néanmoins, je fais ce commentaire pour expliquer qu’il existe des registres écrits et oraux sur le continent africain. Je comprends qu’on en dise peu concernant le matériel écrit des 14ème, 15ème et 16ème siècles, sans compter l’immense matériel égyptien allant de 2780 à 330 avant notre ère, tel que Théophile Obenga l’a listé. Finalement, même devant les tentatives de falsifications historiques, l’Egypte Ancienne ne peut être blanchie devant toutes les preuves que Cheikh Anta Diop nous a laissé dans ses travaux. Je fais cette digression pour montrer, qu’en plus du matériel oral, il existe beaucoup de matériel écrit qui est, cependant, très peu connu. Ensuite, en relation avec l’effort de transposer le “texte” oral pour un registre écrit, je pense que l’ « oraliture » résout ce problème apparent, en transformant ce qui apparaît comme un obstacle intransposable en une équation résoluble, dès lors que les dus protocoles sont utilisés. Pio Zirimu, un incroyable linguiste ougandais, l’écrivain et professeur de littérature comparée Ngũgĩ Wa Thiong’o et la professeure d’arts Micere Mugo, expliquent que l’ « oraliture » est la théorie de la composition orale, un mode de cataloguer le répertoire de registres oraux. On ne parle pas de l’oralité en tant que telle, mais de « techniques » du champ linguistique qui créent une qualité orale. C’est-à-dire que la tradition orale peut être préservée à travers cette approche. On peut lire l’article Oralidad y oratura de Juan José Ferrer à ce propos pour mieux comprendre ce thème. L’ « oraliture » est l’alternative pour que la connaissance philosophique antique enregistrée oralement puisse être accessible de la même manière que les registres écrits.

Tomaz Amorim : En 2003, la loi 10.639, qui prévoit l’enseignement de l’Histoire et de la Culture Afro-brésilienne dans les écoles fut implantée. Pourquoi l’état brésilien a-t-il pris tant de temps pour inclure l’histoire des ancêtres de plus de la moitié de la population à l’école ? Après 12 ans, quelles sont les avancées de la loi et de son implantation ? Que manque-t-il encore ? Quelles sont les possibilités d’implantation de la loi dans la discipline philosophique ?

Renato Noguera : Cette thématique fait l’objet de beaucoup de recherches. En 2008, la loi 10.639/03 s’est vue complétée par la loi 11.645/08 qui a inclus l’histoire et les cultures indigènes. La réglementation de l’altération de l’article 26 A de la loi des Directives et Bases de l’Education Nationale a au moins trois documents fondamentaux.

1º) Directives des Programmes Nationaux pour l’Education des Relations Ethnico-Raciales et pour l’Enseignement de l’Histoire et de la Culture Afro-Brésilienne et Africaine de 2004 ;

2º) Orientation et Action pour l’Education des Relations Etnico-Raciales de 2006 ;

3º) Plan National de Mise en Oeuvre des Directives des Programmes Nationaux pour l’Education des Relations Etnico-Raciales et pour l’Enseignement de l’Histoire et de la Culture Afro-Brésilienne, Africaine et Indigène de 2008.

Beaucoup de travaux fournissent un beau panorama de l’histoire des mises en œuvre des contenus africains, afro-brésiliens et indigènes obligatoires dans le programme de toutes les matières de l’enseignement de premier et de second cycle. Un bon bilan a été réalisé par les Groupes d’Etudes Afro-brésiliennes et Indigènes (Neabis) qui font officiellement partie des Institutions Fédérales d’Enseignement (IFES) et qui existent aussi au sein de diverses universités privées et publiques. Il est difficile de parler de ce sujet sans faire de monographie. Il y a de toute façon des avancées et des résistances. Dans le cas de la philosophie, je peux en faire un résumé car j’y ai consacré une partie de ma recherche, en incluant la recherche que je coordonne avec l’aide de la Fondation Carlos Chagas de Amparo de Recherche de l’Etat de Rio de Janeiro (FAPERJ) intitulée Philosopher avec des accents africains et indigènes, dans sa première version de juillet 2014 à juin 2016. La plus grande difficulté dans le champ de la philosophie réside dans l’ignorance de la production en dehors du circuit occidental. Je crois que le livre L’Enseignement de la Philosophie et la loi 10.639 qui fut publié par Pallas en partenariat avec la Bibliothèque Nationale peut aider à annuler quelques dettes. Je pense que le premier pas est une lecture attentive de la documentation qui réglemente l’article 26 A de la LDB. Et le deuxième : décoloniser la pensée, le cursus universitaire et les pratiques éducatives.

Tomaz Amorim : Dans une interview récente à la revue “Ensaios Filosóficos”, vous parlez du “racisme épistémologique”. Qu’est-ce que c’est et comment le combattre ?

Renato Noguera : Le racisme épistémique ou épistémologique est une des dimensions les plus pernicieuses de la discrimination ethnico-raciale négative. Dans les grandes lignes, cela signifie le refus de reconnaître que la production de la connaissance de quelques personnes soit valide pour deux raisons :

1º) Car elles ne sont pas blanches.

2º) Car les recherches et les résultats de la production de la connaissance impliquent un répertoire et des règles qui ne sont pas occidentales.

Je pense que diversifier ses lectures est nécessaire pour dérouter, même partiellement le racisme épistémologique. Combattre l’injustice cognitive commence par arrêter de privilégier les modèles épistémologiques occidentaux. Et, enfin, réaliser une comparaison des modèles de connaissances, du répertoire, en créant des contions pour la poly-rationalité. Ma base de réflexion pour en finir avec le racisme épistémique réside dans les lectures du philosophe Dismas Masolo. Il faut analyser l’objet de connaissance par des angles différents, mais aussi grâce à des modèles de rationalité divers. Cela servira certainement à enrichir notre contenu cognitif.

Tomaz Amorim : L’Université Fédérale du Maranhão a fini par annoncer la création d’un cursus de graduação en “Etudes Africaines et Afro-brésiliennes”. NEABs, Groupes d’Etudes Afro-brésiliennes, a été créés dans diverses universités dans tout le Brésil. L’apparition de ces espaces montre-t-elle le commencement d’un changement concernant la présence noire dans les universités ?

Renato Noguera : Sans doute. Je pense que nous vivons un processus de franche expansion dans la production et l’occupation académiques. Cela peut également être compris avec les réactions de groupe plus réactionnaires qui ne veulent pas négocier l’espace public de la production de connaissances.

Tomaz Amorim : Les mouvements noirs au Brésil ont revendiqué le concept de génocides pour décrire le nombre alarmant de noirs et de noires qui perdirent la vie au Brésil à cause d’actions directes du gouvernement ou de sa négligence (avortements mal réalisés, assassinats par la police ou en guerre de factions, trafic de drogues, mauvaise alimentation, absence de services publics de santé, etc.). La philosophe Sueli Carneiro développe le concept d’épistémicide, qui serait l’extermination constante de connaissance de peuples non-blancs à travers l’histoire et aujourd’hui encore. Tu penses qu’il y a une relation entre ces deux types d’extermination ?

Sueli_Carneiro_0Renato Noguera : Sans doute. Ce qui est constamment en jeu, c’est un débat pour une version unique de l’histoire, de la philosophie, des modèles et des pratiques politiques face à la diversité des perspectives. La dénonciation faite par Sueli Carneiro est magistrale, je considère son travail comme une des références les plus importantes du Brésil. Par exemple, en cuisine, les recherches mettent en évidence que l’activité de cuisiner est un territoire féminin. Dans une certaine mesure, dans la sphère privée au Brésil, les femmes cuisinent plus que les hommes. Dans le Brésil esclavagiste, les femmes esclaves noires avaient ce rôle dans les services de cuisine. Néanmoins la haute gastronomie et le rôle du chef de cuisine apparaissent comme étant majoritairement blancs et masculins. Tout cela a un lien avec l’épistémicide, le génocide. La performance dans le domaine gastronomique inclut la filiation ethnico-raciale. Les données et le classement des meilleurs chefs montrent que le genre est masculin, la couleur/la race est blanche et l’accent, français. Il est évident que je ne suis pas en train de dire que les hommes blancs ne puissent pas être de merveilleux chefs, mais ce que montre l’exemple est que l’épistémicide complexifie l’“écoute” du discours gastronomique des femmes noires, sachant que les hommes blancs disposent de plus de puissance d’agir dans ce débat.

Tomaz Amorim : Tu proposes une philosophie afroperspectiviste. Qu’est-ce que c’est ? Quelles sont les origines théoriques et politiques de ce concept ? Existe-il d’autres penseurs aujourd’hui au Brésil et dans le monde qui se consacrent à son développement ? Quels sont vos principaux travaux jusqu’à aujourd’hui ?

Renato Noguera : Par philosophie afroperspectiviste ou Afroperspectivité, je définis une ligne ou une approche philosophique plurielle qui reconnait l’existence de perspectives variées. Sa base est constituée de répertoires africains, de la diaspora africaine, indigènes et amérindiens. Ce que nous appelons philosophie afroperspectiviste est une manière d’aborder les questions à l’aide de trois références :

1) L’afrocentricité ;

2) Le perspectivisme amérindien ;

3) Le “Quilombisme”

Certains aspects de la formulation intellectuelle faite par Molefi Asante, articulés avec des questions suscitées par l’ethnologie amazonienne d’Eduardo Viveiros de Castro avec la formulation politique du quilombisme de Abdias do Nascimento sont les sources pour la philosophie afroperspectiviste. Je vais répéter ce que j’ai écrit dans le chapitre Sambando para não sambar: afroperspectivas filosóficas sobra a musicidade do samba e a origem da Filosofia. La philosophie afroperspectiviste réunit certains des éléments suivants :

_ L’Afroperspectivité définit la philosophie comme une chorégraphie de pensée.

_La philosophie afroperspectiviste définit la pensée comme un mouvement d’idées incarnées, car il est seulement possible de penser à travers le corps. A son tour, elle utilise le dribble et la chorégraphie comme éléments qui producteurs de concepts et d’arguments.

_Les concepts afroperspectivistes sont construits à partir de mouvements de chorégraphie de personnages conceptuels noirs. Dans ce sens, les concepts sont écrits avec les pieds, les mains et la tête en même temps

_La philosophie afroperspectiviste définit la communauté/la société dans les termes de la cosmopolitique bantou : la communauté est formée par les personnes qui sont présentes (vivantes) et par celles qui vont naître (générations futures/futur) et par celles qui sont déjà mortes. (ancêtres)

_La philosophie afroperspectiviste est polycentrique, perçoit, identifie et défend l’existence de centralités variées et de beaucoup de perspectives.

_La philosophie afroperspectiviste ne prends pas le préfixe « afro » seulement pour une qualité continentale ; nous sommes devant un questionnement existentiel, politique, esthétique et qui n’a rien d’essentialiste ou métaphysique.

_La philosophie afroperspectiviste utilise la roda (ronde) comme méthode, un modèle s’inspirant des rondes de samba, candomblé, jongo et capoeira qui servent pour mettre dans la roda les perspectives les plus variées avant qu’une alternative ne soit atteinte. La roda est une méthodologie afroperspectiviste.

_L’Afroperspectivté est redevable à la philosophie Unbuntu de Mogobe Ramose.

_L’Afroperspectivité définit la compétition comme une coopération, soit, compétir [signifie petere (s’efforcer, chercher) cum (ensemble)], localiser des alternatives qui sont les meilleures dans un contexte donné, mais elles ne sont pas uniques, ni permanentes et doivent faire attention à toute la communauté.

_L’Afroperspectivité est redevable à Nguzo Saba formulé par Maulana Karenga, c’est-à-dire qu’elle se base sur les sept principes éthiques qui aident à organiser et à orienter sa vie. A savoir :

_Umoja (l’unité) : s’investir pour la communauté ;
_Kujichagulia (l’autodétermination): définir et parler pour nous-mêmes ;
_Ujima (travail et responsabilité collective): construire et unir la communauté, comprendre nos problèmes et ceux des autres et les résoudre ensemble ;
_Ujamaa (économie coopérative): interdépendance financière, recours partagés;
_Nia (proposition): transformer en vocation collective la construction et le développement de la communauté de façon harmonieuse ;
_Kuumba (créativité): travailler pour que la communauté deviennent plus belle que quand elle fut léguée ;
_Irani (foi): croire en nos maîtres et maîtresses.

_L’Afroperspectivité a bénéficié des réflexions et des inflexions philosophiques de Sobonfu Somé, qui définit l’amour comme un projet spirituel et communautaire qui sert à maintenir la constitution individuelle et doit compter sur l’aide d’une communauté pour être préservé.

_L’Afroperspectivité définit le temps dans le itan [verso]iorubá qui dit : “Bara a tué un oiseau hier avec la pierre qu’il a lancé aujourd’hui. ”. Le temps n’est pas évolutif, ni ne se contredit ou peut être pris comme un cercle ou une ligne droite ; mais, de façon simple, il dit que le passé est définit par le présent et le futur est un ensemble de croisements, c’est-à-dire de destins (odu).

_L’Afroperspectivité reste en suspens, toujours apte à inclure des perspectives qui utilisent le concept de odara comme crible de validité d’un argument, comprenant odara comme bon dans la langue ioruba, une espèce de balsamique de revitalisation existentielle.

En relation aux personnes qui philosophent avec quelques accents afroperspectivistes, je peus dire qu’ils sont réunis dans Sambo, logo penso. Je ne veux parler pour personne, je ne suis pas un représentant spécial de cette approche philosophique, je pense que je suis seulement plus vieux que le reste du groupe, académiquement parlant. Dans le livre Sambo, logo penso: afroperspectivas filosóficas para pensar o samba (2015) organisé par Wallace Lopes, dans une coordination collective qu’il fit avec Sylvia Arcuri et Marcelo Moraes, ils ont réuni les personnes qui font cet exercice afroperpectiviste de façon formelle ou informelle, Marcelo Rangel, Eduardo Barbosa, Felipe Siqueira, Filipi Gradim, Guilherme Celestino. Dans le projet Filosofando com sotaques africanos e indígenas, j’ai quelques partenaires : le Prof. Rogério Seixas de l’Université de Barra Mansa, Filipe Ceppas de l’UFRJ, Wanderson Nascimento de l’UFBA et Wanderely Silva de l’UFRRJ, collègues qui ne pratiquent pas l’Afroperspectivité mais apportent un soutien et sont des chercheurs associés du projet. En relation aux principales œuvres : je pense qu’elles sont encore à venir, mais Enseignement de la Philosophie et la Loi 10. 639 (2014) fut le premier livre dans lequel j’ai parlé ce désir intellectuel de philosopher avec des accents africains, indigènes, des performances féminines, en dansant la samba, en jouant à la balle, avec un carimbó (tambour) et avec un répertoire issu de la banlieue, enfin, avec mes propres références culturelles.

Tomaz Amorim : Quel est le rôle des femmes dans la production noire de la connaissance dans l’histoire brésilienne ? La figure de la Noire se résume-t-elle encore au rôle traditionnel de la mère ou la philosophie afroperspectiviste met-elle en évidence d’autres espaces possibles pour elle ?

Renato Noguera : Grande interrogation. Je pense que les femmes doivent être mise en avant. Actuellement, j’ai orienté des femmes dans des cours de pós-graduação et j’ai cherché à les appuyer dans leurs initiatives. Dans la philosophie afroperspectiviste, nous pensons de plus en plus à amplifier et à faire circuler avec plus d’intensité les performances féminines. Par exemple, dans un article sur la généalogie du drible, j’ai mentionné des personnages conceptuels noirs de la philosophie afroperspectiviste. Nous investissons dans des études concernant le personnage de Pomba-Gira, par exemple. De plus, la penseuse burkinabé Sobonfu Somé est une de nos plus grandes références pour ce qui est des relations affectives et conjugales.

Tomaz Amorim : La mãe do santo, le jongueiro, le vagabundo (vagabond), orixás, ubuntu, noircir, le vagabondage, le drible, la mandinga, le noircissement, la roda, la cabeça feita (tête faite), le corpo fechado (corps fermé), sont quelques images et figures liées à l’univers noir que tu transformes en concepts philosophiques. Dans le concept de drible, par exemple, tu fais un sauvetage historique intéressant du drible dans le football et recherches à l’appliquer à la tradition académique européenne, en exigeant que la pensée pense aussi avec le corps. Traduire des types historiques et des images traditionnelles en concepts philosophiques est-elle la principale procédure de la philosophie afroperspective ?

Renato Noguera : C’est une des procédures. Un des modes d’actions est d’amener notre répertoire culturel. La majorité des personnes qui utilisent l’Afroperspectivité a une formation solide dans les roda de samba, dans les terrasses du candomblé et de l’umbanda, pajelança, chamanisme, dans les roda de capoeira, certaines sont joueuses de football et/ou étudient des schémas tactiques. Dans ce sens, si le philosophe allemand Adorno a utilisé Ulysse pour faire une lecture de la Modernité, si Nietzsche a parlé d’Apollon et de Dionysos, nous utilisons d’autres personnages : Exu, Pomba-Gira, Zé Malandro, Zumbi dos Palmares, Ogum, Oxóssi, Tupi, Iara, entre autres.

Tomaz Amorim : Le philosophe français Gilles Deleuze est une référence importante dans vos écrits. Est-il possible de travailler avec les écrivains européens dans une philosophie afroperspectiviste ? Y a-t-il des limites et des difficultés dans cette relation ?

Renato Noguera : La réponse est oui pour ces deux raisons. Bien qu’il soit viable de travailler avec des auteurs européens, il existe des limites. C’est expliqué dans un écrit que Deleuze a lui-même fait avec le psychanalyste Félix Guattari dans Qu’est-ce que la Philosophie ? : “Si la philosophie a une origine grecque, comme il est certain de le dire, c’est parce que la ville, contrairement aux empires ou aux états, invente l’agôn comme règle d’une société d’amis, la communauté des hommes libres autant que rivaux (des citoyens) ». C’est pourquoi, bien que Deleuze soit très important pour mes écrits, je reconnais des limites sérieuses. Comme je le dis toujours, dans les traces du philosophe Maldonado-Torres, les philosophes européens ont cette manie coloniale. Sans doute, Deleuze est-il un des philosophes qui nous a le plus aidés dans nos insurrections. Mais comme nous désirons créer des villages et des quilombos philosophiques, Deleuze nous aide seulement à détruire les vieux châteaux occidentaux de la philosophie. Pour construire le village quilombista, il nous faut des personnes qui philosophent avec la samba.

Tomaz Amorim : Quel est le rôle du métissage, idée fondamentale dans l’histoire de la formation raciale brésilienne, dans votre pensée ?

Renato Noguera : A aucun moment je ne revendique la catégorie de métissage. Il ne s’agit pas d’une difficulté, mais d’un terme très équivoque, une idée qui amène plus de difficultés et de confusions que d’alternatives politiques. J’identifie un grave problème. Les sens du terme « race » peuvent être variés ; j’en distingue deux : synonyme d’espèce ou allusion au caractère social et historique qui différencie des groupes humains par leurs phénotypes. De nos jours, les sentiments se mélangent et comme dit le dicton « on ne doit pas confondre les torchons et les serviettes ». Techniquement, une personne avec une mère autrichienne blanche et un père norvégien blanc est aussi métissé que quelqu’un qui a un père nigérien d’ethnie iorubá avec une mère suisse de peau claire. Ma grille de lecture perçoit le concept métisse comme faisant pleinement sens seulement en cas de centaures, un mélange d’humains avec des chevaux, ou encore, si un être extraterrestre procréait avec une personne de notre espèce. De cette union (extraterrestre avec un terrestre), naîtra un être métisse. Mon expérience politique et mes investissements intellectuels amènent une pensée différente de celles-ci. Nous sommes de la même race (dans le sens d’espèce biologique), mais cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de race dans un sens social ou historique, c’est-à-dire des populations qui peuvent êtres différenciées par des caractéristiques ethnico-raciales, donc par des phénotypes. Mais l’existence de métis présupposerait des différences de nature entre les « races », ce qui n’est pas le cas. Je m’explique. Les joueurs de foot Daniel Alves et Kaká sont « également » métisses, probablement car les deux sont des personnes à la fois blanches, noires (noires et métisses) et indigènes dans leurs ancestralités. Mais Daniel Alves s’est plaint de flots d’injures tordus, de jets de bananes et d’appellations de singes plus d’une fois. Comme mes recherches l’indiquent, Kaká ne fut jamais qualifié de “macaque” quand il jouait en Europe. Néanmoins, Kaká est blanc et Daniel Alves est métisse, soit, noir. (Le système classificatoire éthnico-racial brésilien est bien simple : l’IBGE donne catégories de couleur/race : jaune, blanche, indigène, métisse et noire. L’important est de noter que la catégorie « noire » n’est pas synonyme de noir, mais une somme de celle-ci avec « métisse ».. C’est-à-dire, métisse + noir = noir). C’est pourquoi Neymar a vécu quelques épisodes de discrimination raciale sur le terrain, quelque chose d’impensable pour Zico ou Kaká dans la même Europe. Je pense que l’idée de métissage a créé plus de difficultés et de confusions que d’alternatives effectives au racisme et à la compréhension de la société brésilienne. L’existence supposée du “métissage” a donné des munitions aux les théories puristes. Enfin, pour qu’il y ait du métissage, il faut qu’il existe des purs. Supposer le métissage ressemble à une critique de l’anti-raciste, mais il permet finalement de redonner vie au racisme qu’il souhaiterait combattre. L’idée de pureté a fait et continue de faire beaucoup de dégâts politiques, je pense que nous devons prendre le risque avec cette idée de “métissage” issue de nos dictionnaires politique et intellectuel, en amenant l’idée de “pureté” ensemble. Finalement, il n’existe ni purs, ni impurs ou mélangés. Je suis d’accord avec Carlos Moore, il existe seulement des phénotypes. C’est pourquoi, le métissage ne fait pas partie de mon travail. Je ne crois pas et je ne vois même pas comment le « métissage » pourrait aider à résoudre n’importe quelle tension raciale.

Tomaz Amorim : Finalement, Renato, dans un contexte d’oppression et de violence, comme c’est le cas pour beaucoup de jeunes noirs et noires au Brésil, pourquoi doivent-ils étudier la philosophie ?

Renato Noguera : La philosophie peut être un exercice de décolonisation. Mais elle peut aussi être un exercice de colonisation et de recolonisation. Nous défendons une philosophie qui décolonise, une philosophie qui déclare l’indépendance et l’autonomie sans dogme. Dans une société raciste qui présente des données alarmantes de violence urbaine dans lesquelles les principales victimes sont de jeunes noirs et noires, philosopher peut aider à repenser l’histoire politique et sociale. Mais, j’insiste, ils doivent étudier une philosophie qui soit marginale et anti-dogmatique. Une philosophie qui pense le racisme, une philosophie qui pense le Brésil, une philosophie ancrée dans notre territoire culturel, une philosophie qui est à venir et qui, peut-être, puisse faire partie des prémices du pluriversel philosophique afroperspectiviste.

Tomaz Amorim : Merci beaucoup pour l’interview, Renato.

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