Salut camarades racistes

Aujourd’hui, 19 janvier 2017, nous pouvons enfin communiquer sur la situation que notre collectif a subi tout au long de 2016, enfin libérées du chantage et du harcèlement que l’Université Populaire de Bordeaux nous a administré.

Contraintes au silence pendant plus de 6 mois, au risque ne pouvoir avoir accès à la subvention tri-annuelle que nous avions réussi à obtenir auprès du CGET, (2016/2019) nous avons dû composer avec la stratégie d’un bureau démissionnaire et d’une salariée omnipotente, visant d’abord à nous ostraciser, puis nous invisibiliser, nous diaboliser, jusqu’à nous exclure, tout en se victimisant, nous reprochant d’être « trop autonomes » et « trop typées »(propos tenus en CA par la trésorière et la salariée) et ce, afin d’obtenir le consentement à notre propre éviction.

Notre réponse fut alors de les renvoyer à leurs responsabilités, et ainsi assumer leur logique ségrégationniste jusqu’au bout : c’est donc par le biais d’une Assemblée Générale Exceptionnelle _ décidément le traitement d’exception ne nous lâchera jamais _ que sera prononcée l’exclusion de l’ensemble de la commission Labo Décolonial de l’Université Populaire de Bordeaux.

Car à l’instar des éducatrices populaires du réseau des SCOP d’éduc pop politique, qui à leur détriment ont découvert qu’au sein de leurs orgas la domination masculine était bien présente et agissante, nous femmes prolos, immigrées, et banlieusardes avons mis en évidence le racisme de gauche au sein de l’UPB (cf le site de la Trouvaille).

En effet c’est progressivement que va se mettre en place, à notre insu, une coalition extrêmement soudée qui va se servir du conflit intrinsèque qui existe au sein de l’UPB depuis son origine, ainsi que du conflit politique qui existe aujourd’hui entre la gauche blanche et les militant-e-s décoloniales, pour justifier l’exclusion de la seule commission qui met en acte l’intégralité de l’objet politique dont s’est dotée l’association, à savoir : «Œuvrer à mobiliser, créer et diffuser des savoirs et des pratiques, permettant à toutes personnes, et en particulier celles de milieux populaires, d’acquérir de la puissance d’agir et d ‘œuvrer à la transformation sociale ».

La création du Labo Décolonial en 2014 visait justement à combler le manque de congruence entre l’objet politique et les forces vives et publics de l’UPB, car bien forcés de constater que malgré la volonté affichée des membres de l’association et de son projet politique, l’Université Populaire de Bordeaux comme la plupart des initiatives ayant une visée émancipatrice en France,  n’arrivait pas à « toucher » les personnes « issues de l’immigration » et les « classes populaires ». La proposition sera la suivante: changer de paradigme, c’est à dire qu’au lieu de chercher « à toucher les gens des quartiers » pourquoi ne pas aborder des thèmes qui les touchent… qui les concernent directement.

Cette inversion va faire mouche, et le sucés grandissant de la commission, va renvoyer en miroir les limites et incapacité des autres commissions à fonctionner. Mais au lieu d’admettre que le « centre » a à apprendre de la « périphérie », les dominants vont s’employer à la fabrique de l’« ennemi intérieur » dont il faut à tout prix se débarrasser pour la paix sociale au sein de l’organisation.

Aujourd’hui en France, nous assistons à la montée en puissance d’organisations pensées, portées et incarnées par ceux et celles qui subissent, et donc connaissent, les effets délétères des discriminations systémiques cumulées. Véritable lame de fond secouant le pays et les forces de gauche, cette nouvelle génération ébranle la gauche-blanche-petite-bourgeoise-et-mysogine, qui au lieu de laisser la place, et la parole aux concerné-e-s préfère faire des crises d’auto-victimisation, racisme inversé et autres élucubrations, et ce afin de maintenir le statu quo et préserver ses privilèges.

D’où, pour nous, le besoin de communiquer sur cette situation vécue, afin d’en produire une analyse politique et un objet de connaissance transmissible à la communauté d’éducation populaire politique et au delà, dans le but de partager des savoirs et d’éviter que ça n’arrive à d’autres femmes comme nous.

Bien que pas mal sollicitées, invitées à contribuer, intervenir, former… demandes auxquelles nous faisons tout pour répondre au regard de l’urgence de la situation sociale de ce pays, nous nous faisons un point d’honneur à transformer cette expérience en matière à création, analyse et réflexion, qui prendra sans doute la forme d’une conférence gesticulée dans les bacs fin 2018…

punos-de-minas